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BASKERVILLE – L’Âge d’or des conteurs

Bio/Bibliographie : Marie-François Goron & Émile Gautier

6 Mai 2015, 14:41pm

Publié par Jean-Daniel Brèque

Marie-François Goron & Émile Gautier

Marie-François Goron est né le 2 mars 1847 à Rennes, où il a suivi des études secondaires avant de s’engager dans l’armée en 1865. Émile Gautier a vu le jour le 19 janvier 1853, lui aussi à Rennes. Tous deux se connaissaient bien et se partageaient entre Saint-Malo et leur ville natale.

La carrière militaire de Goron est aussi brève que mouvementée : après un séjour en Martinique, il se retrouve affecté en Algérie et, en 1870, lorsque éclate la guerre contre la Prusse, c’est avec les Tirailleurs algériens — surnommés les « turcos » — qu’il combat et connaît les vicissitudes de la débâcle. Grièvement blessé, il manque être amputé des deux pieds et c’est uniquement son état qui l’empêche de s’engager dans la Commune, tant l’idée de rendre les armes lui répugne.

Rendu à la vie civile et revenu à Rennes, il trouve du travail et se marie, mais le démon de l’aventure le tenaille et, en 1879, il part pour l’Argentine, où il participe à la fondation de Formosa, dans le Gran Chaco. Hélas ! les épidémies, les inondations et même la révolution ont raison de son enthousiasme, et la mort d’un de ses fils le décide à regagner la France en octobre 1880. Fort d’une expérience du maintien de l’ordre acquise sur le tas, il rentre dans la police en 1881 et connaît une ascension foudroyante, se retrouvant chef de la Sûreté en 1887.

Il occupera ce poste jusqu’en 1894, s’y montrant fort habile notamment dans ses relations avec la presse, puis tombera en disgrâce suite à un scandale demeuré célèbre dans les annales — une obscure histoire de notes de frais —, à la suite de quoi il fera valoir ses droits à la retraite et entamera une carrière d’écrivain.

Pendant que son ami Goron, de turco devenait gaucho et pour finir limier, Gautier ne chômait pas. Après de brillantes études rennaises, il passait son doctorat en droit à Paris en 1873… puis renonçait à l’agrégation, et à la brillante carrière qu’on lui promettait déjà, pour s’engager dans la cause anarchiste. Activiste hors pair, orateur de première force, partisan de la propagande par les idées, il devient un proche de Jules Vallès, de Louise Michel et du prince Kropotkine. En 1883, il est aux côtés de ce dernier lors du célèbre procès de Lyon, à l’issue duquel il est condamné à cinq ans de prison, quatre mille francs d’amende et dix ans de privation de ses droits civiques ! La sévérité de ce verdict fit scandale — si délit il y avait, ce n’était qu’un délit d’opinion — et nombre de ses amis s’activèrent afin d’obtenir son amnistie.

Libéré en 1885, définitivement gracié l’année suivante, il semble alors renier ses convictions et, s’il renoue avec l’écriture, c’est désormais pour se consacrer à la vulgarisation scientifique. Lui que l’on connaissait pour des pamphlets tels que Propos anarchistes (1880), Le Darwinisme social (1880) et Les Paysans (en collaboration avec Louise Michel, s. d.), il rédige des « chroniques documentaires » pour Le Figaro (certaines sont réunies en volume en 1892 sous le titre Les Étapes de la science) et écrit des ouvrages comme Une révolution agricole (paru la même année que le précédent, chez le même éditeur : Lecène, Oudin et Cie).

À l’approche du XXe siècle, les deux amis d’enfance vont se montrer également prolifiques, chacun dans son domaine de prédilection.

Suivant l’exemple de son prédécesseur Gustave Macé, mais aussi celui de l’illustre Vidocq, Goron publie ses mémoires, qui rencontrent un immense succès. On en connaît plusieurs déclinaisons : en feuilleton dans Le Journal, sous forme de fascicules illustrés publiés par les éditions Rouff, puis finalement en volume chez Flammarion. Une première série sort chez cet éditeur en 1897, comprenant quatre tomes intitulés De l’invasion à l’anarchie, À travers le crime, Haute et basse pègre et La Police de l’avenir ; une seconde série voit le jour deux ans plus tard, davantage orientée vers les affaires de mœurs puisqu’elle porte le sous-titre « L’Amour à Paris » ; elle se compose de L’Amour criminel, Les Industries de l’amour, Les Parias de l’amour et Le Marché aux femmes.

Par la suite, notre retraité — qui a par ailleurs ouvert une agence de police privée ! — se lance dans le roman, domaine dans lequel il se montre tout aussi prolifique, puisqu’on lui doit Les Antres de Paris : Le Crime de la rue de Javel (Per Lamm, 1901), Les Mystères de la Tour pointue (Flammarion, trois volumes parus entre 1900 et 1903 : L’Affaire Joizel, Le Calvaire d’Eugénie Valort, Un beau crime), Coco ou Les Monte-en-l’air (Flammarion, 1906), Le Crime de la rue de Chantilly (Flammarion, 1906), Les Nuits rouges (Flammarion, deux volumes parus en 1911 : Coup double, Policiers et rastas), Les Chauffeurs de l’an VIII (Flammarion, vers 1912) et, pour finir, un ouvrage pour la jeunesse : Mémoires de Poum, chien de police (Flammarion, 1913).

À signaler — ce n’est pas si fréquent — que nombre de ses livres ont l’honneur d’une traduction en allemand, en espagnol et même en anglais !

Gautier, quant à lui, se consacre davantage à la presse qu’à l’édition : outre ses chroniques dans Le Figaro, il travaille assidûment pour La Science illustrée et La Science française, revue dont il deviendra le rédacteur en chef vers 1895, et, en 1896, il se voit confier la direction de L’Année scientifique et industrielle, prenant la succession de son créateur Louis Figuier (1819-1894), un poste qu’il tiendra jusqu’à l’orée de la Grande Guerre.

Passé cette période — durant laquelle Goron accomplit diverses missions pour le Deuxième Bureau tandis que Gautier croisa le fer avec ses anciens compagnons, fervents pacifistes —, il semble que nos deux compères aient ralenti leurs activités. Marie-François Goron finit par se retirer à Sannois, dans la région parisienne, où il se consacra à l’aviculture et où il décéda le 4 février 1933. Quant à Émile Gautier, il entra en 1919 dans l’équipe de La Publicité, revue fondée par D.C.A. Hémet (1866-1916), dont il avait préfacé en 1912 le Traité pratique de publicité commerciale et industrielle. C’est à Paris que Gautier quitta ce monde, le 20 janvier 1937.

Jean-Daniel Brèque

Les gravures représentant Goron et Gautier sont extraites d’une série d’albums édités par Angelo Mariani. Ce pharmacien corse (1838-1914) fit fortune grâce à une boisson de sa composition, le Vin Mariani, un tonique à base de vin et de… cocaïne ! Féru de réclame, il se fit connaître en sollicitant des célébrités de son temps un témoignage manuscrit célébrant les vertus de son vin. Il les réunissait périodiquement sous forme d’album, chaque témoignage étant accompagné d’un portrait et d’une biographie de son auteur. Douze volumes, contenant chacun plus de soixante-dix notices, parurent ainsi entre 1891 et 1913 — un treizième, posthume, parut en 1925. On y retrouve des personnages aussi illustres qu’Émile Zola, Sarah Bernhardt, Thomas Edison, Colette, et cætera. Si le Vin Mariani a disparu des pharmacies (il fut interdit en 1910), les Figures contemporaines demeurent, véritable Who’s Who illustré de la Belle Époque.

Source : « Mariani et le vin de coca », par William H. Helfand,
in Revue d’histoire de la pharmacie, vol. 68, n° 247, pp. 227-234 (1980)

Bio/Bibliographie : Marie-François Goron & Émile Gautier

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