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BASKERVILLE – L’Âge d’or des conteurs

Bio/Bibliographie : Robert Barr

5 Mai 2015, 08:03am

Publié par Jean-Daniel Brèque

Robert Barr

Né le 16 septembre 1850 à Glasgow, Robert Barr a quatre ans lorsque sa famille émigre au Canada pour s’établir à Muirkirk, un village proche du lac Érié, à mi-chemin de London, Ontario, et de Detroit, aux États-Unis. Après avoir assisté son père charpentier, il s’oriente vers l’enseignement et, en 1874, il est nommé directeur d’école dans la ville frontalière de Windsor. Mais ce conteur né brûle du désir de prendre la plume ; voyant ses textes refusés par les journaux canadiens, il se tourne vers leurs concurrents américains et, en 1876 — année de son mariage —, il entre comme reporter au Detroit Free Press, où il sera bientôt suivi par ses deux frères John et James (ce dernier fera carrière en Angleterre sous le pseudonyme d’Angus Evan Abbott).

En 1881, le directeur du Detroit Free Press envoie notre auteur à Londres pour qu’il y crée une édition anglaise du journal. C’est un succès, qui tranche par sa tonalité sur la presse de l’époque, et Barr y publie, sous le pseudonyme de Luke Sharp, des chroniques en majorité humoristiques qui seront réunies en 1883 dans un volume intitulé N.B. : Strange Happenings.

Les années suivantes le voient s’activer comme éditeur mais aussi comme auteur. Faisant son miel d’une fréquentation assidue des paquebots transatlantiques, il publie un recueil d’histoires de croisière, In a Steamer Chair (1892), qui touche à tous les registres : humour, suspense, sentimental, fantastique… Deux autres recueils suivent assez rapidement, The Face and the Mask (1894) et surtout Revenge ! (1896), où il parvient au sommet de son art de nouvelliste. En même temps, il se lance dans l’écriture de romans : In the Midst of Alarms (1894) s’inspire de sa jeunesse au Canada, un pays qui sert en partie de cadre à A Woman Intervenes (1896), que l’on pourrait qualifier d’aventure romantique, tandis que The Mutable Many (1896) lorgne davantage vers le roman social.

En 1892, après s’être assuré la collaboration du grand Jerome K. Jerome, Robert Barr fonde The Idler, un des plus célèbres mensuels illustrés de cette époque, où il publie des écrivains tels que Conan Doyle, Mark Twain, H.G. Wells, Stephen Crane, William Hope Hodgson, et cætera. À en croire les mémoires de son assistant, G.B. Burgin (1), l’ambiance de la rédaction était souvent orageuse : Barr doit renoncer à ses fonctions de corédacteur en chef en 1894, suite à une querelle avec Jerome, mais il devient seul propriétaire et directeur de la revue en 1902.

À en croire les témoignages qui nous sont parvenus, Robert Barr était très apprécié de ses contemporains, non seulement pour ses qualités littéraires mais aussi pour sa personnalité généreuse, sous des dehors bourrus et parfois colériques. Grâce à sa prolixité mais aussi à son sens des affaires — il suivait avec soin la publication de ses livres des deux côtés de l’Atlantique —, il était devenu un homme riche et une personnalité en vue de la scène littéraire londonienne. Amateur d’art, il a encouragé le peintre américain James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), exilé en Europe comme lui, auquel il commanda un portrait que l’on peut voir aujourd’hui au Detroit Institute of Arts.

Établi à Woldingham, dans le Surrey, non loin du manoir de son ami Stephen Crane (1871-1900), dont il a achevé le roman picaresque The O’Ruddy (1903), il y décède le 22 octobre 1912 d’une maladie cardiaque aggravée par les effets de la goutte.

L’humour et le sens de la chute sont les principales caractéristiques des récits de Barr. Bien souvent, ses romans sont constitués d’une série d’épisodes reposant sur de multiples rebondissements et retournements de situation. Ses récits historiques n’ont aucune prétention didactique et se réclament de Walter Scott et d’Alexandre Dumas : preux chevaliers, gentes dames, félons retors y caracolent en une succession de prouesses et de hauts faits. Ce sont des œuvres de distraction pure, rehaussées par la malice de l’auteur qui n’est certainement pas dupe des clichés qu’il manipule.

Ses récits policiers, s’ils font montre de la même verve, ont une qualité supplémentaire. Ainsi que l’écrit Claude Mesplède, les enquêtes d’Eugène Valmont, la plus célèbre de ses créations, « soulignent de façon amusante les différences de conception entre les systèmes policiers français et anglais de l’époque (2) ». Plus généralement, à l’instar de nombre d’auteurs américains, Barr est fasciné par les rouages des entreprises humaines : Jennie Baxter : Journalist (1899) nous montre une intrépide femme-reporter en action dans toute l’Europe ; The Speculations of John Steele (1905) a pour héros un humble employé des chemins de fer qui finit par devenir milliardaire mais se heurte à l’emprise des monopoles ; les quatre volumes consacrés à Lord Stranleigh (parus ou à paraître dans cette collection) — Lord Stranleigh (1908), Lord Stranleigh, Millionnaire (1909), Lord Stranleigh, Philanthrope (1911), Lord Stranleigh en Amérique (1913) — racontent les mésaventures d’un jeune noble bien intentionné qui utilise sa fortune comme un levier économique et politique — avec des résultats parfois désastreux. Autant de petits bijoux d’humour et de suspense, que nous vous invitons à découvrir.

On peut s’étonner, vu l’abondance de sa production, que Robert Barr n’ait pas davantage intéressé les éditeurs français. Si certains de ses contes ont été traduits au début du XXe siècle dans La Revue hebdomadaire, puis dans les années 1920 dans Le Dimanche illustré, on n’a longtemps trouvé qu’un seul de ses livres chez nos libraires, Les Triomphes d’Eugène Valmont (3), qui n’est hélas qu’une traduction partielle de l’édition originale (4). Nous nous garderons d’oublier les efforts de Xavier Legrand-Ferronnière, qui réédita dès le no 1 de sa revue Le Visage vert « Le Grand Mystère de Pegram (5) », savoureuse parodie de Sherlock Holmes, et qui a présenté une avant-première de La Vengeance du mort dans son numéro 18, ni ceux de Richard D. Nolane qui, dès le premier numéro de Wendigo, paru en janvier 2011, a réédité l’extraordinaire « Purification (6) ».

Cela dit, Robert Barr semble avoir été victime de la même négligence dans son pays d’origine, où la quasi-totalité de ses œuvres est épuisée depuis des lustres. Signalons néanmoins deux initiatives d’universitaires canadiens qui ont œuvré pour sa réhabilitation : Louis K. MacKendrick, qui a réalisé une édition critique du roman autobiographique The Measure of the Rule (7), et John Parr, qui a présenté quelques années plus tard une sélection de nouvelles (8). Leur travail de présentation nous a été grandement utile pour la rédaction de cette notice : qu’ils en soient ici remerciés.

Jean-Daniel Brèque

  1. Memoirs of a Clubman, Hutchinson & Co, Londres, 1921.
  2. Dictionnaire des littératures policières, 2 vol., Joseph K, Nantes, 2003.
  3. Ombres, Toulouse, 1998. Édition originale : The Triumphs of Eugène Valmont (1906).
  4. Nous comptons publier dans la présente collection les textes ne figurant pas dans ce volume.
  5. « The Great Pegram Mystery », in The Idler, mai 1892, sous le titre « Detective Stories Gone Wrong : The Adventures of Sherlaw Kombs ». Première traduction française in Les Annales, 8 novembre 1902.
  6. « Purification », in Revenge ! (op. cit.). Première traduction française in Crépuscule 6, 1983.
  7. University of Toronto Press, Toronto, 1973. Édition originale : 1907.
  8. Selected Stories of Robert Barr, University of Ottawa Press, Ottawa, 1977.
Bio/Bibliographie : Robert Barr

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