Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
BASKERVILLE – L’Âge d’or des conteurs

Anonyme - Le Musée du crime (1908)

18 Mai 2017, 21:04pm

Publié par Baskerville

« Le Musée du crime », article anonyme, est paru dans Lectures pour tous de mai 1908.

Anonyme - Le Musée du crime (1908)

Au moment où le projet d'installer un « Musée du Crime » est à l'étude, nos lecteurs seront curieux de visiter les musées de ce genre existant déjà à Paris, et dans lesquels on trouve réunis des objets de toute sorte, rappelant les affaires les plus sensationnelles dont, pendant ces dernières années, s'est émue l'opinion publique.

Un nouveau musée va bientôt s'ouvrir à Paris. Il sera, à vrai dire, d'un genre très spécial : ce sera le Musée de la Police et du Crime.

La Préfecture de Police et le Parquet de la Seine en ont décidé, il y a quelques semaines, la fondation, et le Conseil général a voté les fonds nécessaires. On y aura en quelque sorte sous les yeux toute « l'histoire du crime ». Hâtons-nous de le dire : afin que messieurs les voleurs et les assassins n'y viennent pas chercher un enseignement pratique, les membres de la magistrature et les gens de police auront seuls le droit d'y pénétrer.

C'est au Palais de Justice que ce musée sera installé, dans les combles des bâtiments de la Cour d'Assises. Les salles seront garnies avec des objets déposés au greffe du Parquet, objets saisis au cours de l'instruction des affaires criminelles et qui, dans les procès, jouèrent le rôle de pièces à conviction.

« Nous avons collectionné, nous explique M. Mouquin, le très distingué directeur des recherches à la Préfecture de Police, des choses jusqu'alors insoupçonnées du grand public ; nous avons groupé toute une série de moules, de fourneaux et de creusets de faux-monnayeurs, des liasses de faux billets de banque, tout un attirail de fausses clés. Nous avons aussi des machines à perforer les coffres-forts, des tables truquées pour les jeux sur la voie publique.

« Dans ce musée, la photographie tiendra une grande place. Autant que nous le pourrons, nous y ferons figurer les portraits des grands criminels, en même temps qu'un certain nombre de clichés dont l'étude sera intéressante pour l'école du « portrait parlé », qui a pour but d'initier les agents de la sûreté à la science du « coup d'œil ».

« M. Bertillon a l'intention également de réunir la collection des photographies que le service anthropométrique a été appelé à prendre sur le lieu des crimes contemporains les plus sensationnels.

« Cette création, qui ne sera une nouveauté qu'à Paris, nous manquait. Chose curieuse, en effet : notre cité était une des rares capitales encore dépourvues d'une institution de ce genre. Il en existe à Hambourg, à Berlin, à Dresde, à Vienne. Nous ne pouvions plus longtemps nous laisser distancer. »

SOUVENIRS DES BOMBES ANARCHISTES.

Avant que le Musée du Crime soit ouvert, peut-on se faire une idée de ce qu'il sera ? Et avons-nous, sans quitter Paris, un moyen de nous donner un avant-goût des surprises qu'il réservera à quelques privilégiés ? Oui. Il existe en effet, à Paris, plusieurs remarquables collections privées, qui sont de véritables musées policiers ; tout d'abord, celle de M. Péchard, l'aimable commissaire de police parisien. Cette collection, où figurent tous les outils employés par les professionnels du cambriolage, comprend notamment une merveille : une guillotine en miniature, entourée de pantins mécaniques représentant tous les acteurs du châtiment suprême.

Anonyme - Le Musée du crime (1908)

M. Goron, ancien chef de la Sûreté, possède, lui aussi, dans son rez-de-chaussée de la rue de Berlin, un musée dont il a bien voulu nous faire les honneurs.

Nous nous promenons d'abord parmi les « vestiges » des attentats anarchistes qui, il y a une quinzaine d'années, terrorisèrent Paris.

« Voyez ces baguettes de cuivre complètement tordues, nous dit l'ancien chef de la Sûreté ; elles maintenaient le tapis de l'escalier de la maison, située boulevard Saint-Germain, où habitait le président Benoît. C'est dans cet escalier qu'éclata la bombe posée, en 1892, par le célèbre anarchiste Ravachol.

« A côté, continue M. Goron, en nous arrêtant devant un objet informe tout bossue et aplati, se trouve le tronc à pourboires du restaurant Véry, boulevard Magenta, dont le garçon, Lhérot, dénonça Ravachol. Vous vous souvenez sans doute que, pour venger ce dernier, un autre anarchiste, Meunier, fit sauter le restaurant avec une bombe, juste la veille de l'exécution de Ravachol. C'est la dynamite qui a mis le tronc en cet état.

« Ceci, ce sont, deux clous provenant de la bombe que Vaillant lança en pleine Chambre des Députés, le 8 décembre 1898, et qui blessa assez sérieusement l'abbé Lemire. Ce fut en cette circonstance que M. Charles Dupuy, alors président, prononça la phrase demeurée fameuse à juste titre : « Messieurs, la séance continue ».

« Cette lanterne et cette pince-monseigneur ont appartenu à Pini, cambrioleur autant qu'anarchiste. Pini fut condamné au bagne ; il réussit un jour à tromper la surveillance de ses gardiens, mais, en se sauvant, il tomba, se cassa la jambe et fut repris.

« Je vous fais grâce de tous ces engins qui représentent la collection à peu près complète, des outils employés par les cambrioleurs. Mais regardez ce couteau : c'est avec cette arme que Marpaux, anarchiste lui aussi, tuait, le 29 novembre 1898, l'agent de la Sûreté Colson qui allait l'arrêter au moment où il se présentait au bureau de poste de la rue Étienne-Dolet. Condamné aux travaux forcés à perpétuité et envoyé à Cayenne, le meurtrier périt, peu après son arrivée, dans une révolte de forçats. »

Anonyme - Le Musée du crime (1908)

FANTAISIE MACABRE. — CRIME ET CONFISERIE.

« Maintenant continue M. Goron, laissons les « propagandistes par le fait » et passons aux autres assassins. Vous avez là sous les yeux les objets saisis sur Eyraud et sa complice Gabrielle Bompard : les jumelles que le criminel avait à la Havane et la cordelière du peignoir de Gabrielle, cordelière qui servit à étrangler Gouffé, le malheureux huissier. »

Comme nous apercevons un peu plus loin une petite malle grande comme une boîte à bonbons :

« Au moins, disons-nous, voici une malle qui n'a pas de rapport avec celle qui contint le corps de Gouffé !

— Mais si, répond M. Goron, et son histoire est bien singulière. Lors du procès Gouffé, un industriel fut chargé par la justice de reconstituer, afin qu'elle figurât parmi les pièces à conviction, la fameuse malle de Millery. Comme l'affaire avait à ce moment un retentissement énorme, notre homme crut faire fortune en fabriquant, pour un de nos premiers confiseurs, des petites malles de cette dimension. Il voulait en faire des coffrets à bonbons. Mais son idée échoua complètement. C'est là l'original de cette invention.

« Je vous demande à présent d'examiner d'un peu près le moulage de cette main, celle de Tropman, moulage qui fut pris deux jours avant l'exécution du terrible meurtrier. Notez la forme et la longueur du pouce, qui dépasse la première phalange de l'index. C'est tout à fait le pouce-type des assassins. »

Anonyme - Le Musée du crime (1908)

ATTIRAIL COMPLET POUR MALFAITEURS.

Les assassins! Tout ici les évoque, eux et leurs crimes. Ce ne sont sur les tablettes que poignards, couteaux à virole, revolvers.

« Tenez, ceci, me dit M. Goron, c'est le tranchet qui servit à Léautier pour tuer M. Georgewitch, le ministre de Serbie à Paris, tandis que cet os de mouton fut l'arme meurtrière de Kuntz.

« Ce revolver d'ordonnance a appartenu à Anastay, et c'est avec ce couteau de cuisine encore taché de sang qu'il tua la baronne Dellard. L'affaire Anastay fut, avec l'affaire Gouffé, une des plus sensationnelles dont j'eus à m'occuper. L'assassin, sous-lieutenant dans un régiment d'infanterie, avait appris par l'enfant d'une domestique de la baronne Dellard, chez qui il était reçu, que celle-ci cachait dans un meuble de sa chambre à coucher pour 25000 francs de titres. Il résolut de s'en emparer ; au moment où il assassinait Mme Dellard, la bonne accourut au secours de sa maîtresse ; il la frappa de deux coups de couteau et la laissa pour morte. Mais quand il voulut mettre la main sur le magot, le meuble était vide : Anastay dut s'enfuir précipitamment. Il fut arrêté juste vingt jours après le crime, au moment même où, désespérant de retrouver le meurtrier, on allait retirer de l'appareil frigorifique de la Morgue le corps de la baronne Dellard et procéder à son inhumation. Anastay fut exécuté.

« Avez-vous déjà vu des pinces-monseigneur ? En voici. Celles-ci, démontables, furent la propriété de Jeanolle de Valneuse dont les exploits, il y a plus de quinze ans, firent un bruit énorme. Ce très distingué gentleman était le chef de la « bande des habits noirs » dont les membres n'opéraient jamais qu'en costume de soirée.

« Celle-là, le meurtrier Prado la portait sur lui quand, à la fin de 1807, il fut arrêté Cours-la-Reine. Prado était descendu à l'hôtel du Palais et y avait loué une chambre voisine de celle d'un antiquaire espagnol qu'il savait possesseur d'une belle somme d'argent. Un soir, Prado, qui avait réussi à se lier avec l'antiquaire, l'envoya au théâtre en lui offrant un coupon de loge. Le marchand parti, il pénétra dans sa chambre ; par bonheur, l'argent de l'Espagnol était enfermé dans un petit coffre-fort que Prado essaya vainement de forcer avec cette pince-monseigneur. Il résolut de s'enfuir avec le coffret, mais les garçons de l'hôtel le surprirent et se lancèrent à sa poursuite sur le Cours-la-Reine. Le voleur allait s'échapper, quand un gardien de la paix lui barra le passage. »

LES INSTRUMENTS DE LA RÉPRESSION.

Après les instruments du crime, ceux du châtiment. M. Goron m'entraîne maintenant devant un des panneaux de son cabinet de travail. Il m'indique, appendue à la muraille, la corde du bourreau londonien. Un peu au-dessus, entre deux bâtons de constables, le cat-o'-nine-tails. le fameux « chat-à-neuf-queues », martinet à balles de plomb qui fut si longtemps employé dans la marine anglaise. Voici encore, auprès des cannes, insignes officiels des commissaires de police espagnols, une collection de menottes de toutes formes. Voici enfin une guillotine en miniature ; cette réduction au dixième, construite en bois d'acajou, est l'œuvre de Berger, l'un des aides de Deibler.

Un pareil musée vous donne la sensation d'un enfer. Aussi bien les policiers ont-ils besoin de connaître tout ce qui concerne les misérables contre lesquels ils ont à nous défendre !

Anonyme - Le Musée du crime (1908)

Commenter cet article